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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 16:50

Un marron dans la poche en guise de talisman, Bernard Pivot invite à partager ses souvenirs, fragments savoureux d’un hier jamais nostalgique.

 

Une chronique de Frédérique Bréhaut

 

Empreintes-Bernard-Pivot-les-annees-Apostrophes-le-15-octob.jpg

Bernard Pivot ne cède pas à la tentation des mémoires. A cet exercice trop convenu, le gourmet des bibliothèques préfère folâtrer dans le passé.

 

A la lecture de cette promenade, on retrouve la même gourmandise qui au temps des « Apostrophes » et autres « Bouillons de culture » éclairait l’amour des livres. La malice qui allumait alors le regard de Pivot derrière ses lunettes demi-lune retrouve sa place naturelle dans ce dictionnaire tendre et goguenard.

 

Cajoleur de mots

Au début était le verbe. Avant d’être un amoureux des livres, Bernard Pivot est un cajoleur de mots. Ceux qui structurent sa vie sont élus avec le soin qu’il met dans le choix d’un vin ou dans l’organisation de ses bibliothèques. Au fil d’un abécédaire où l’intime n’est jamais impudique, le bec-fin salue les croquembouches et le parfum des framboises, dribble autour du football et des gambettes des femmes, plaide pour la désinvolture et un inattendu vœu de rock’n roll attitude, s’attarde sur le "chatoyant" de Nabokov avant de croquer "croquignolet" comme une friandise.

 

Savoureux souvenirs

L’homme n’est pas d’une nature à tutoyer son lecteur au gré de confidences trop intimes. Il écrit comme il lit, droit, le dos calé. Dans les ombres d’un déménagement on devine un divorce et, de ces années contenues comme dans un serre-livres par ses « Apostrophes » hebdomadaires, se dessine le regret d’avoir consacré davantage de temps à ses lectures qu’à la vie.

 

À l’unisson du journaliste, on déplore la disparition de la Fragonarde empruntée à Colette ou des hirondelles quand ce mot définissait les resquilleurs des coquetèles. On savoure son art de peupler ses bibliothèques de façon à séparer les écrivains qui se détestent et l’on goûte la saveur de souvenirs chapardés entre Lyonnais et Beaujolais.

 

Bernard Pivot esquisse les contours d’une vie marquée par un solide bon sens… que celui-ci dérive vers les mots des dictionnaires qu’il affectionne ou vers la sensualité d’un hédonisme assumé. Son sempiternel marron en poche, il va son chemin, un sourire bienveillant accroché aux mots de sa vie.

C’est épatant, comme dirait Jean d’Ormesson.

 

« Les mots de ma vie » de Bernard Pivot. Albin Michel. 365 pages. 20 €.

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